L’UE, l’OTAN et les États-Unis : l’Alliance du XXIe siècle pour une domination mondiale

Publié le par Duke

Par Rick Rozoff pour Mondialisation.ca, Le 12 mai 2009



L’OTAN évolue. D’une alliance face à l’URSS, elle est devenue un élément du bloc occidental, au même titre que l’Union européenne et les États-Unis (bien que ceux-ci en soient eux-mêmes le principal membre). Au-delà de la rhétorique lénifiante, le fait est que ce bloc est constitué par les anciennes puissances coloniales et qu’il déploie aujourd’hui ses troupes dans ses anciennes colonies. Rick Rozoff décrit ici la mise en œuvre progressive de cette domination globale inavouée.

Le sommet de l’OTAN (Srasbourg-Kehl) fut l’occasion d’officialiser le retour de la France au sein du commandement militaire intégré de l’Alliance Atlantique, instance dont elle s’était retirée il y a 43 ans. Il y fut également question de la modernisation du Concept stratégique de 1999 afin de mettre l’accent sur l’intégration militaire OTAN-UE-USA. Enfin, l’Union Européenne a annoncé sa volonté de créer une force opérationnelle de 60 000 hommes constituée notamment de contingents provenant des pays du Nord et capable d’être projetée rapidement à n’importe quel endroit du globe. Intéressons-nous donc aux conséquences qu’auront ces décisions sur les relations entre les principaux centres du pouvoir économique, politique et militaire de l’Occident : l’Union Européenne, l’OTAN et les États-Unis.

Jusqu’à présent, l’opinion prévalant au sein des milieux autorisés repose sur quatre oppositions erronées :
- Le développement de capacités de défense toujours plus ambitieuses de la part de l’Union Européenne fait concurrence, voire pose un réel défi, à l’OTAN et à la stratégie d’alliance transatlantique.
- L’OTAN constitue un contrepoids multilatéral à l’unilatéralisme américain.
- L’Union Européenne est un ardent partisan de solutions diplomatiques et pacifiques quand Washington et l’OTAN se montrent souvent trop prompts à recourir à la force.
- L’UE est l’un des concurrents des États-Unis, si ce n’est le principal, en Europe et de plus en plus à travers le monde.

Si chacun est libre de croire à ces idées reçues, celles-ci se voient contredites constamment par les propos et les actes des décideurs et responsables politiques en Europe et au sein de l’OTAN ainsi que par les stratèges de Washington.

Sur les 27 États-membres de l’UE, 21 ont également ratifié le Traité de l’Atlantique Nord. Les 6 autres, à l’exception de Chypre pour le moment, à savoir l’Autriche, la Finlande, l’Irlande, Malte et la Suède, sont membres du Partenariat pour la Paix de l’OTAN. Parmi ceux-ci, seul le minuscule État de Malte ne dispose pas d’un contingent déployé sous l’égide de l’OTAN en Afghanistan, dans les Balkans ou ailleurs dans le monde.

L’Alliance Atlantique est constituée pour une grande majorité d’États membres de l’Union Européenne, à l’exception de la Norvège, de l’Islande, du Canada et des USA, ces deux derniers n’appartenant pas au continent européen.

S’il arrive que ces trois acteurs majeurs se trouvent en désaccord sur des questions secondaires d’ordre tactique, technique ou de calendrier, ils n’en demeurent pas moins unis sur les principaux enjeux stratégiques.

L’UE et l’OTAN sont officiellement partenaires depuis 1992 et la signature de l’accord Berlin Plus sur la mise en commun des moyens de défense et de renseignement.

Les États membres de l’UE qui n’ont pas encore intégré l’OTAN se trouvent eux aussi affectés par la subordination de l’Europe à l’Organisation puisque la Charte Stratégique de l’Alliance, datant de 1999 et toujours en vigueur actuellement, stipule que les arsenaux nucléaires des USA en particulier, mais également du Royaume-Uni et de la France sont « essentiels au maintien de la paix » et constituent « un lien politique et militaire fondamental entre les membres de l’Alliance en Europe et en Amérique du Nord ».

Suite aux années 1989-1991 qui virent la fin de l’ordre instauré après la Seconde Guerre mondiale en Europe et dans le monde, la dissolution du Pacte de Varsovie et du CAEM (le Conseil d’Assistance Économique Mutuelle), l’effondrement de l’Union soviétique et la partition violente de la Yougoslavie, les principales puissances occidentales s’attelèrent à nouveau à leurs projets de domination mondiale interrompus par deux conflits mondiaux. En ayant tiré les enseignements, elles formèrent un condominium en vue de se partager les ressources du globe, non seulement celles des anciennes colonies, des protectorats et autres territoires sous mandat, mais aussi de régions qui leur étaient restées jusqu’alors inaccessibles, comme l’ancienne URSS.


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