Vous avez dit contre-révolution?
La Révolution verte iranienne serait-elle un premier pas vers une contre-révolution ?
Par Claude Herdhuin,Mondialisation.ca, Le 25 juillet 2009
Depuis le 12 juin, l’encre n’a cessé de couler au sujet des élections iraniennes. Le président sortant, Mahmoud Ahamdinejad, était donné perdant et a pourtant remporté haut la main les élections devant son adversaire, Mir Hossein Moussavi. L'Iran est aujourd’hui dans toutes les discussions, ou presque, mais en lisant ou écoutant les médias occidentaux, je ne peux réprimer un moment d'irritation. En effet, les analyses sont toutes le fruit d'une réflexion occidentale, c'est-à-dire incomplète, voire orientées.
L’Iran nous est systématiquement présenté comme un pays musulman conservateur et menaçant pour notre sécurité. Bizarre que les États-Unis apparaissent comme des sauveurs alors que leur discours ne laisse aucun doute : dominer par tous les moyens. Après l'ère Bush, dont la volonté guerrière a été prouvée, et avant d'entrer dans l'ère Obama, Hillary Clinton a tenu des propos on ne peut plus clairs dans le cadre du programme Good Morning America, diffusé par ABC le 22 avril 2008 : « Je veux que les Iraniens le sachent, si je suis la présidente, nous attaquerons l'Iran. Et je veux leur faire comprendre que cela signifie qu'ils doivent examiner de très près la question, parce que quel que soit le stade de développement où pourrait être leur programme d'armement nucléaire au cours des 10 prochaines années, au cours desquelles ils pourraient envisager de lancer bêtement une attaque contre Israël, nous serions en mesure de les effacer totalement. »
Aujourd’hui, le monde vit sous Obama. Mais n’oublions pas que ce dernier représente le même parti que celui pour lequel Hillary Clinton faisait campagne. Le président américain, je devrais dire, ses conseillers, a simplement adopté un discours et une conduite plus politically correct, afin de regagner la confiance des États et de la population de la planète. La main tendue par les États-Unis aux pays musulmans cache des pièges. Les États-Unis aimeraient récupérer l'Iran, qui occupe une position stratégique au Moyen-Orient, à des fins économiques (accès aux ressources pétrolières et gazières d'Asie), et politiques (nous entrons dans une deuxième guerre froide et il est important pour les Américains que l'Iran quitte la Chine et la Russie pour se ranger de son côté). Avec les élections volées du 12 juin en Iran et la Révolution verte qui a suivi, les Iraniens sont soudain devenus sympathiques au monde et surtout à l'Occident en se battant contre un régime insupportable par sa violence et ses idées.
Nous devons toutefois « regarder » ou accueillir le soutien du « Monde » au peuple iranien avec la méfiance nécessaire. Le « Monde » pourrait facilement faire un amalgame entre le mouvement iranien actuel contre le régime et un mouvement général contre les pays islamiques. Chacun voit dans les évènements récents ce qu'il veut bien voir. Le 11 juin, veille des élections iraniennes, j'étais à New York. J'ai dit à une amie avocate que je pensais que la jeunesse iranienne pourrait opter, dans un avenir plus ou moins proche, pour une contre-révolution. Sa réponse a été brève : « Impossible. Ils croient en leur religion. » Les évènements n'ont pas tardé à me donner raison. La Révolution verte pourrait être le premier pas vers une contre-révolution qui permettrait de dissocier la religion de l’État. Les jeunes Iraniens et Iraniennes commencent à parler d’un pays où la religion retournerait dans le domaine du privé. Ils ne renient pas l’Islam, ils condamnent la place qu’il occupe au sein du gouvernement. Un ami iranien m’a déclaré de son côté : « Ce régime [le régime des mollahs] n'attend qu'une guerre pour détourner l'attention des Iraniens ainsi que celle du monde entier des problèmes sociaux, économiques, politiques… »
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