Accompagnez moi à Gaza

Publié le par Duke

Par Nabil El-Haggar

J’ai pris l’habitude, depuis quelques années, de me rendre en Palestine, au moins une fois par an, pour donner une série de conférences sur l’éducation, la culture, l’art et la résistance en Palestine.
Cette année, c’était au tour de Gaza d’accueillir deux de mes conférences.



D’abord, passer en Palestine
Comme d’habitude, pour aller en Palestine, je passe par la Jordanie, depuis Amman, puis me rends au Pont du Roi Hussein, point de passage des frontières jordano-palestinienne, contrôlé, côté palestinien, par les militaires israéliens.
Comme d’habitude, une fois arrivé au poste frontière, la jeune soldate israélienne, âgée d’une vingtaine d’années, sait, à la lecture de mon nom qu’elle a à faire à un Français d’origine palestinienne, ce qui est en soi incitateur d’une punition dont le contour se précisera au fur à mesure de la lecture d’éventuelles informations supplémentaires que le fichier informatique lui fournira. Consultation informatique faite, un regard haineux anime son visage et le geste, d’une main remplie de mépris, me fait signe d’aller attendre. Puis elle se presse d’aller consulter ses chefs.
Car le cas des Palestiniens de la Diaspora constitue un des cas de figures qui fâche le plus ! Dans le regard que portent les Israéliens sur ces Palestiniens qu’ils préféreraient ne plus jamais voir revenir en Palestine, cohabitent méfiance et haine : c’est le « syndrome du retour ». Ils voient en eux des Palestiniens déguisés en Occidentaux, tentant de détourner le Droit au retour, ne serait-ce que pour quelques jours. Aussi, ces Palestiniens suscitent auprès des Israéliens une envie aiguë de les punir d’autant plus que ces Palestiniens semblent se croire protégés par leur statut d’« Occidentaux » !. Alors peu importe la nationalité, aucun passeport ne peut protéger aucun Palestinien. D’ailleurs, c’est pourquoi la peur et l’inquiétude nous envahissent à chaque fois que l’on a à faire aux autorités israéliennes. Car nous savons que derrière la petite soldate, il y a une impitoyable machine prête à se mettre en route, capable de vous humilier, arrêter, interroger et même vous broyer si elle considère que cela peut avoir la moindre utilité. Une telle machine fonctionne selon une logique imprévisible dont on ne peut décoder ni deviner les tenants et les aboutissants.

La soldate, hautaine de ses 150 cm, revient, les yeux pétillants, l’envie débordante de procéder à l’interrogatoire. Des questions, généralement sans intérêt, sont alors posées, les réponses données, elle décide de m’octroyer un visa d’une semaine. Il s’agit d’une sortie honorable : sans grande difficulté, l’autorisation de rester en Israël quelques jours m’est accordée, ce qui est suffisant pour accomplir ma mission. Je peux m’estimer heureux.
J’arrive à Jérusalem où des amis attendent pour m’amener à Gaza.
De Jérusalem à Gaza

La route de Jérusalem à Gaza est très agréable, les alentours mettent en évidence la magnifique nature de la Palestine. La traversée d’une partie de la Palestine historique fait ressortir toute la rancœur enfouie en moi. Je ne peux que penser aux constantes évocations de la Palestine par mes parents. Si le Palestinien que je suis, de retour pour quelques jours, a fini par accepter le fait israélien, j’ai bien plus du mal à accepter l’écart entre le « bonheur israélien » et « le malheur palestinien ». Et ceci d’autant plus qu’il suffit de rouler quelques kilomètres pour se rendre à l’évidence : le bonheur des uns se nourrit du malheur des autres. Au-delà du fait politique, ce sont d’insupportables sentiments de jalousie et d’impuissance qui m’envahissent!. Je ne peux m’empêcher de me dire, pourquoi, eux ont le droit de vivre ici et pas moi, fils d’une mère et d’un père nés à quelques kilomètres d’ici.

La suite du récit ici.

Source :Le blog de ferlinpimpim

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Publié dans Le grand tout

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