La stratégie de l’OTAN

Publié le par Duke

La mer Noire, passerelle du Pentagone vers trois continents et le Moyen-Orient

Par Rick Rozoff pour Le réseau Voltaire

En janvier, la Géorgie et l’Ukraine ont signé des chartes de partenariat avec l’OTAN. Le 1er avril, l’Albanie et la Croatie ont adhéré à l’Alliance. Le 3-4 avril, à l’occasion du sommet du soixantenaire, la France rejoindra le commandement intégré, c’est-à-dire placera ses troupes sous commandement US. En quelques mois, le Protectorat impérial s’est largement étendu en Europe. Rick Rozoff explique ici la stratégie du Pentagone qui place le contrôle de la mer Noire en priorité de son agenda géopolitique.


                                  


La région de la mer Noire relie l’Europe à l’Asie, et l’Eurasie à la masse terrestre du Moyen-Orient par la Turquie, sur sa rive sud, en bordure de la Syrie, de l’Irak et de l’Iran.

Sur sa rive occidentale se trouvent le nord des Balkans et, à son extrémité orientale, le Caucase, un pont terrestre vers la mer Caspienne et l’Asie centrale.

L’Ukraine, la Russie et la stratégique mer d’Azov sont sur ses rives nord.

Compte tenu de sa situation centrale, la mer Noire a été convoitée pendant des millénaires par les grandes puissances : les empires perse et romain, les Grecs et les Hittites, les Byzantins et les Huns, la Turquie ottomane et la Russie tsariste, même la France de Napoléon et l’Allemagne de Hitler dans leurs guerres pour l’unification de l’Europe à l’Asie et au Moyen-Orient.

La fameuse guerre de Troie a été menée pour le contrôle de (Troie/Dardania/Ilium) l’entrée de la mer de Marmara, qui relie la Méditerranée à la mer Noire. Le détroit reliant les deux est encore appelé le détroit des Dardanelles d’après l’ancienne Dardania.

Dans l’Antiquité, un troisième continent fut également impliqué : l’Afrique ; l’historien grec Hérodote a fait valoir que la ville de Colchide, sise sur la mer Noire (et maintenant en Géorgie), fut fondée par les Égyptiens et le récit de Virgile, sinon celui d’Homère, du siège de Troie, raconte que Memnon, le roi d’Abyssinie (actuelle Éthiopie), fut tué par Achille lors de la défense de la ville.

Une source d’information roumaine a récemment rappelé l’importance actuelle de la région :

« La mer Noire relie de manière stratégique l’espace européen à l’Asie centrale, le Caucase et le Moyen-Orient, zones de production et de transit des hydrocarbures. » [1]

Les allusions à l’importance de la mer Noire, non seulement pour l’énergie et son transit, mais à des fins militaires globales sont fréquentes dans les citations qui suivent.

Avant la fin du Pacte de Varsovie en 1989 et celle de l’Union soviétique deux ans plus tard, la mer Noire se trouvait hors de portée de l’Occident en général et du Pentagone et de l’OTAN en particulier. Jusqu’en 1991, seuls quatre États bordaient la mer : la Bulgarie, la Roumanie, la Turquie et l’Union soviétique.

La Turquie, élément clé des États membres de l’OTAN, était la seule tête de pont occidentale dans la région, la Bulgarie et la Roumanie, (la seconde de manière plus formelle que réelle), étant membres du bloc de l’Est et du Pacte de Varsovie.

Depuis 18 ans, la situation dans cette région, comme dans beaucoup d’autres, a été transformée et une nouvelle bataille pour son contrôle a vu le jour.

Deux nouveaux États, la Géorgie et l’Ukraine, se sont créés sur le littoral, l’Abkhazie s’y ajoutant en août dernier, et tous les anciens pays du Pacte de Varsovie qui n’appartenaient pas à l’ex-Union soviétique sont actuellement membres à part entière aussi bien de l’OTAN que de l’Union européenne – la Bulgarie, la République tchèque, l’ancienne République démocratique d’Allemagne, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie – les trois anciennes Républiques soviétiques de la mer Baltique (l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie) étant également membres des deux institutions.

Comme Premen Addy, un commentateur indien, l’écrivait l’été dernier :
« Le nœud de l’OTAN se resserre autour du cou de la Russie. Des bases militaires états-uniennes et leurs missiles sont déjà installées en Roumanie et en Bulgarie - deux États à partir desquels le Troisième Reich d’Adolf Hitler lança l’invasion nazie de l’URSS - dans une tentative d’étouffer la possible émergence d’un rival dans la région de la mer Noire… » [2]

Un an auparavant, dans une analyse intitulée « La Bulgarie, les bases états-uniennes et la géopolitique de la mer Noire », le site de renseignement en ligne The Power & Interest News Report résumait la situation en ce qui concerne l’un des États clés de la mer Noire, dans les termes suivants : « Géographiquement, la Bulgarie procure aux États-Unis (et à l’OTAN) une plus grande présence dans la région de la mer Noire, à travers laquelle il est prévu de construire des oléoducs et des gazoducs. »
De même, elle est proche de l’ex-Yougoslavie, une zone de tensions constantes, en particulier au cours de la dernière décennie. « Les nouvelles bases [du Pentagone] permettent aux États-Unis de conserver et d’augmenter leur contrôle du pays et au-delà celui du grand Moyen-Orient, puisque Washington dispose maintenant d’une présence militaire dans le sud (la Vème flotte US est basée à Bahreïn) et d’une présence dans le nord par le biais de la Bulgarie. » [3]

La Géorgie

Depuis 1991, mais surtout depuis la « Révolution des roses » de décembre 2003 [4], les États-Unis ont transformé la Géorgie, la frontière orientale de la mer Noire, en une base militaire avancée avec l’envoi en premier lieu des Bérets Verts, puis celui des Marines pour former et équiper les forces armées de ce pays à mener des guerres sur leur territoire et hors de leurs frontières.

La nouvelle armée géorgienne [5]a été testée une première fois en Irak, où un contingent de 2 000 soldats constituait la troisième plus importante force étrangère en Irak jusqu’au mois d’août dernier, quand les GI’s ont rapatrié par les airs ces soldats de leur création pour mener la guerre contre la Russie.

Avant que ne se dissipe l’écho des armes et de l’artillerie en août dernier, les États-Unis avaient envoyé le navire de guerre USS McFaul dans la ville portuaire géorgienne de Batoumi et le fleuron de la VIème flotte, l’USS Mount Whitney, à Poti, avec la mission annoncée à tous les crédules invétérés d’aller livrer « des jus de fruit, du lait en poudre et des produits d’hygiène ».

Batumi est la capitale de l’Adjarie, une ancienne région autonome subjuguée par le nouveau régime « Rose » en avril 2004 après que l’armée de celui-ci, formée par les États-Unis, ait conduit les plus importants exercices militaires jamais menés en Géorgie, dans les environs de Poti et l’ait menacé d’invasion. Batumi se trouve juste au sud de la capitale abkhaze de Soukhoumi, où des navires russes étaient alors stationnés. Les navires de guerre des deux grandes puissances nucléaires se sont confrontés au large des côtes de la mer Noire à seulement 75 km de distance.

Dans le même temps, l’OTAN a déployé une force de frappe navale sur la mer Noire, composé de trois navires de guerre US, d’une frégate polonaise, d’une frégate allemande et d’une frégate espagnole équipée de missiles guidés ainsi que de quatre navires turcs, huit autres navires de guerre devant se joindre à la flottille.

Les navires de guerre de l’OTAN se trouvaient à seulement 150 km de leurs homologues russes alors amarrés en Abkhazie.


La suite ici



Publicité

Publié dans Our fucking planet

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Bon wk l' historien Duke bisous
Répondre